Quand ils eurent atteint les faubourgs de la ville sainte de Jérusalem qu’ils aimaient, ils virent d’un promontoire et d’une distance de cinq stades, le toit élevé de la sainte église de la Résurrection, brillante comme le soleil du matin et ils pleurèrent à haute voix : « Voyez, c’est Sion la ville de notre délivrance ! » Ils tombèrent face contre terre et de là, ils s’approchèrent à genoux, embrassant fréquemment le sol avec leurs lèvres et leurs yeux, jusqu’à ce qu’ils soient à l’intérieur des murs saints et qu’ils aient embrassé le site de la croix sacrée sur le Golgotha.
Voyant qu’ils étaient des étrangers aux Lieux saints, Dieu lui-même les mena à de bons hôtes, des guides et des aides dans leur saint but, à savoir la bienheureuse Mélanie, une dame romaine résidant là avec son mari Pinien et sa mère Albine. Au sein des familles sénatoriales de Rome, ces derniers avaient occupé la première place, possédant la naissance, la richesse et les honneurs, mais depuis qu’ils aimaient sincèrement le Christ, ils méprisaient toutes ces choses, avaient renoncé au monde et étaient partis pour vivre dans la prière à la Ville sainte. Quand ils y étaient arrivés, ils avaient construit deux grands monastères sur le mont des Oliviers, près de la sainte église de l’Ascension, un pour les hommes et un pour les femmes, et ils les avaient dotés pour la gloire de Dieu.
Quand Mélanie entendit parler de l’arrivée à Jérusalem des saints jeunes gens Pierre et Jean - à ce point, cependant, ils étaient toujours appelés selon la langue de leur patrie Nabarnugios et Mithridate - elle les reçut volontiers. Elle se souvint qu’elle avait une fois visité Constantinople et vu le bienheureux Pierre comme un jeune garçon lorsqu’il avait été emmené dans une des propriétés du souverain. Mélanie accueillit donc les saints comme des fils bien-aimés et on les honora pour la vie exemplaire qu’ils menaient dans le monastère qu’elle avait construit. Ils reçurent sans retard l’habit monastique du renommé Gerontius, qui était prêtre et abbé au mont des Oliviers.
Jean Rufus - Vie de Pierre l'Ibère