![]() Née à Rome en 347, Paule a appartenu à une des premières familles de la capitale impériale. Veuve à l'âge de 32 ans, elle est devenue le modèle de veuves chrétiennes. En 382, elle rencontre saint Jérôme, qui était venu à Rome avec saint Épiphane et Paulin d'Antioche. Ces deux évêques lui inspirent un désir ardent de se consacrer à la vie monastique en Orient. |
En ce temps des ordres de l'empereur ayant fait assembler à Rome des évêques d'Orient et d'Occident sur le sujet de quelques divisions arrivées entre les Églises, [Paule] vit deux hommes admirables, Paulin, évêque d'Antioche, et Épiphane, évêque de Salamine en Chypre, que l'on nomme maintenant Constance, dont elle eut le dernier pour hôte ; et, bien que Paulin demeurât dans un autre logis, il lui témoigna tant de bonté qu'elle ne jouit pas moins du bonheur de sa conversation que s'il eût été logé chez elle. La vertu de ces grands personnages ayant encore enflammé la sienne, elle pensait incessamment à abandonner son pays, et, oubliant sa maison, ses enfants, ses domestiques et généralement toutes les choses du siècle, elle n'avait d'autre passion que de s'en aller seule et sans être suivie de personne, s'il était possible, dans ces déserts où saint Paul et saint Antoine ont fini leur vie. ![]()
Enfin l'hiver étant passé, la mer commençant à devenir navigable et ces excellents évêques retournant à leurs Églises, elle les accompagna par ses vœux et par ses souhaits. Mais pourquoi différerais-je davantage à le dire ? elle descendit sur le port, son frère, ses cousins, ses plus proches, et, ce qui est beaucoup plus que tout le reste, ses enfants même l'accompagnant et s'efforçant par la compassion qu'ils lui faisaient de faire changer de résolution à une mère qui les aimait avec une incroyable tendresse.
Déjà on déployait les voiles et, à force de force de rames, on tirait le vaisseau dans la mer : le petit Toxotius joignait les mains vers sa mère sur le rivage, et Rufina, prête à se marier, la conjurait par ses pleurs, ne l'osant faire par ses paroles, de vouloir attendre ses noces ; mais Paule, élevant les yeux au ciel sans jeter une seule larme, surmontait par son amour pour Dieu celui qu'elle avait pour ses enfants, et oubliait qu'elle était mère pour témoigner qu'elle était servante de Jésus-Christ. Ses entrailles étaient déchirées, et elle combattait contre ses sentiments, qui n'étaient pas moindres que si on lui eût arraché le cœur, son affection pour ses enfants étant si grande qu'on ne saurait trop admirer en elle la force qu'elle eut de la surmonter.
Il n'arrive rien de plus cruel aux hommes, entre les mains mêmes de leurs ennemis et la rigueur de la servitude, que d'être séparés de leurs enfants ; mais l'on voit ici que, contre les lois de la nature, une foi parfaite et accomplie non seulement le souffre, mais en a joie ; et ainsi Paule, en oubliant sa passion pour ses enfants par une plus grande qu'elle avait pour Dieu, ne trouvait du soulagement qu'en Eustochie, sa chère fille, qu'elle avait pour compagne dans ses desseins et dans son voyage. Son vaisseau faisant voile et tous ceux qui étaient dedans regardant vers le rivage, elle en détourna les yeux pour n'y point voir des personnes qu'elle ne pouvait voir sans douleur ; car j'avoue que nulle autre mère n'a tant aimé ses enfants, auxquels avant de partir elle donna tout ce qu'elle avait, ne réservant rien pour elle, et se déshéritant elle-même sur la terre afin de trouver un héritage dans le ciel. ![]()
Paule entra à Jérusalem, Jébus, ou Salem, cette ville aux trois noms qui, après avoir été réduite en cendres et à la décrépitude, avait été rétablie par Hadrien. Et bien que le proconsul de Palestine, qui était un ami intime de sa maison, eût envoyé en avant ses appariteurs et donné des ordres de faire placer sa résidence.
De plus, en visitant les Lieux saints, si grands étaient la passion et l'enthousiasme qu'elle manifesta pour chacun d'eux, qu'elle n'aurait jamais pu se séparer d'un seul si ce n'était son désir de visiter les autres. Devant la Croix, elle se jeta à ses pieds en adoration comme si elle y avait contemplé le Seigneur. Et quand elle entra au tombeau qui fut la scène de la Résurrection, elle embrassa la pierre que l'ange avait roulée loin de la porte du sépulcre.
Sa foi était en effet si ardente qu'elle a même léché avec sa bouche l'endroit même sur lequel le corps du Seigneur avait été couché, comme un assoiffé la rivière qu'il a si longtemps désirée. Quelles larmes elle versa, quels gémissements elle poussa et de quel chagrin elle fit démonstration, tout Jérusalem le sait ; Le Seigneur aussi le sait, à qui elle a adressé ses prières. [...]
Puis, après avoir distribué de l'argent aux pauvres et à ses domestiques autant que ses moyens le lui permettaient, elle se dirigea vers Bethléem.
Saint Jérôme - Lettres
La vie de sainte Paule par saint Jérôme est disponible sur le site www.jesusmarie.com