Je vous ai décrit quelques routes, par terre et par mer que les hommes peuvent emprunter pour se rendre en Terre sainte à partir des pays d’où ils viennent, et elles finissent toutes en un seul lieu. Toutefois, il y a un autre chemin de France ou des Flandres vers Jérusalem, entièrement par la terre et ne franchissant pas la mer ; mais ce chemin est long, périlleux et demande un grand voyage, ce qui fait que peu de personnes le prennent. ![]() Celui qui veut prendre ce chemin doit traverser l’Allemagne et la Prusse de là jusqu’en Tartarie. La Tartarie est le siège du Grand Khan de Chine dont je parlerai par la suite. C’est un pays désolé, sablonneux et portant peu de fruits. Car il n’y pousse ni blé, ni vigne, ni haricots, ni petits pois ni aucun fruit qui conviendrait à la vie d’un homme. Mais il y a des bêtes en grande quantité. Et les habitants de cette contrée ne mangent que de la viande, sans pain, ni soupe ni bouillon, et ils boivent du lait de toutes sortes de bêtes. Ils mangent des chiens, des chats, des rats et d’autres bêtes sauvages. Comme ils n’ont pas de bois, ou très peu, ils chauffent et font bouillir leur viande avec du crottin et de la bouse et des excréments d’autres bêtes, séchés au soleil. Les princes et les autres ne prennent qu’un repas par jour et ne mangent guère. Je ne suis pas allé dans ce pays, ni par ce chemin, mais j’ai été dans d’autres terres aux marches de ces pays, comme la terre de Russie, la terre de Nyflan et le royaume de Cracovie et de Lettonie, et au royaume de Daristan et en bien d’autres lieux qui bordent les côtes. Mais je ne suis jamais allé par chemin jusqu’à Jérusalem, en sorte que je ne pourrais dire proprement la manière de s’y rendre ainsi. Mais s’il plaît à un honnête homme qui y est allé par ce chemin de le raconter, qu’il le fasse afin que ceux qui prendront cette voie et feront le voyage par ces côtes sachent quel y est le chemin. Car nul ne peut passer sans encombre par cette route, sauf en hiver en raison des eaux périlleuses et des traîtres marais qui sont en ce pays et que personne ne peut franchir sauf en cas de grand froid et si la neige les recouvre. Car en absence de neige, les hommes ne pourraient aller sur la glace, non plus que les chevaux. |
Les Voyages de sir John Mandeville, chevalier.
Traduction à partir du texte complet de Mandeville
disponible an anglais sur le site du Projet Gutenberg