Les labyrinthes, qui fleurissent dans les cathédrales au Moyen Âge, symbolisent le cheminement de l’homme durant sa vie sur la Terre. Tours et détours, méandres et fausses pistes représentent – dans l’alternance du noir et du blanc – les doutes et les pièges qui jalonnent le parcours du chrétien, à l’image des tribulations rencontrées par le pèlerin. On comprend dès lors pourquoi ces labyrinthes furent appelés "lieue" ou "chemin de Jérusalem" : parcourir ce trajet à genoux exigeait une heure d’efforts, soit le temps de franchir une lieue (environ quatre kilomètres). Dans sa lutte courageuse contre le Minotaure, Thésée n’avait-il pas montré l’exemple ? Le fidèle s’engagera à son tour dans le dédale, avec sa foi pour fil d’Ariane |
Le trajet du labyrinthe menant de la "Terre" au "Ciel" matérialise ainsi la pérégrination de l’âme jusqu’à la béatitude éternelle, figurée par la Jérusalem céleste. C’est pourquoi le labyrinthe des cathédrales devint un substitut du pèlerinage : ceux qui, notamment pour des raisons de santé, ne pouvaient marcher jusqu’en Terre sainte, accomplissaient leur pénitence en le parcourant. Cette pratique fut également adoptée lorsque les Lieux saints devinrent inaccessibles. Le trajet se faisait alors souvent pieds nus ou à genoux, et s’accompagnait de prières. De même, certaines processions suivaient ce tracé, en commémoration du chemin emprunté par le Christ lors de sa Passion, du palais de Pilate jusqu’au calvaire.
Ces mystérieux témoins d’une époque où l’on savait interpréter les symboles ont rarement survécu à l’épreuve du temps. Le plus célèbre est celui de Chartres ; avec une longueur de 261,55 mètres et un diamètre de 12,87 mètres, c’est aussi l’un des plus grands. À l’entrée de la nef, il invite toujours le visiteur à devenir pèlerin, pour franchir dignement les étapes de la vie.  |