![]() Brigitte Birgersdotter, apparentée par sa mère à la famille royale de Suède, naît vers 1303, dans une famille de juristes qui tient des postes importants au sein de l'Église et de l'État. Mariée avant ses 15 ans, Brigitte met au monde huit enfants, ce qui ne l'empêche pas d'étudier le latin et la Bible et de se consacrer à des œuvres de charité. |
Le voyage fut d'abord très heureux. Grâce à un vent favorable, le navire approchait rapidement de Joppé [Jaffa], le port ordinaire de débarquement. Mais, tout à coup, il s'éleva une violente tempête ; la mer devint furieuse, et le bâtiment, devenu le jouet des vagues, semblait prêt à s'engloutir. Les passagers et les matelots eux-mêmes tremblaient ; Brigitte seule resta calme, et le courroux des flots ne put la distraire de ses prières et de son recueillement. Le danger devint extrême à l'entrée du port ; une secousse terrible ébranla subitement le navire ; il venait de toucher et de s'entrouvrir ; on jeta les marchandises à la mer et tout le monde s'attendait à périr. Brigitte reconnut l'imminence du péril ; mais, s'abandonnant à la volonté divine, et disposée à mourir selon le bon plaisir de Dieu, elle garda sa tranquillité d'âme dans cette situation critique. Elle fut en cet instant admirablement consolée par une voix intérieure ; elle redit l'assurance qu'aucun des passagers ne périrait. Elle en fit part à Catherine, et la délivra ainsi de l'effroi qui la poussait à se serrer contre sa mère.
Le vaisseau put enfin jeter l'ancre à Joppé, et deux jours après les pèlerins mirent pied à terre. ![]()
Ils s'acheminèrent vers Jérusalem par le chemin que suivent habituellement les caravanes et qui passe à Yazour, Lydda, Ramleh et Roubab, Latroun et Kouryet et Enab ; ils y parvinrent en deux jours. Brigitte, redevenue la femme forte dont parle la Sainte Écriture, s'occupait charitablement de tous, et s'oubliait elle-même. Appuyée sur son bâton, elle marchait courageusement, en méditant les mystères dont cette terre privilégiée avait été témoin. [...]
À l'approche de Jérusalem. Brigitte se demanda si elle prendrait gîte au couvent des Mineurs, bâti en 1333 sur la montagne de Sion, ou à l'hospice des pèlerins. Elle aurait bien aimé résider sur la Montagne sainte, dans le voisinage des fils de son Père séraphique saint François, qui l'auraient certainement reçue avec empressement ; mais, d'autre part, elle ne renonçait pas volontiers à son habitude de vivre au milieu des pauvres de Jésus-Christ. La Mère de Dieu dissipa ses hésitations en l'engageant à faire choix du logis des pèlerins, pour ne pas scandaliser les gens pieux, et ne pas donner aux méchants l'occasion de faire des jugements téméraires.
Nos pèlerins arrivèrent devant Jérusalem la veille de la fête de l'Ascension de Notre-Seigneur. Du côté où ils l'abordaient, ils aperçurent la ville de Dieu à une distance de dix minutes et la saluèrent avec une joie et une piété profondes.
« Je te salue, Ville sainte, tente que le Très-Haut a sanctifiée pour y accomplir le salut du genre humain. Je te salue, ville du grand Roi, où les miracles se sont succédé presque sans interruption depuis l'origine du monde. Je te salue, maîtresse des peuples, mère des prophètes, institutrice de la foi chrétienne, toi que Dieu a permis d'attaquer sans cesse, afin de faire briller le courage de tes défenseurs et de leur faire mériter le salut. Je te salue, terre promise, qui as fait couler autrefois pour tes habitants des ruisseaux de lait et de miel, et qui donnes aujourd'hui à la terre entière les moyens de sanctification et la nourriture de vie ! ô pays bon et précieux, qui as reçu un jour, dans ton sein fertile, la semence que l'amour divin lui-même y déposa, qui as produit une si riche moisson de martyrs et les as multipliés au centuple dans tout l'univers. De glorieuses choses ont été dites de toi, ô cité de Dieu ! »
Voilà bien le langage de l'amour ! C'est en de pareils accents que durent être salués les murs de Jérusalem par les prêtres pieux qui accompagnaient Brigitte. Quant à elle, elle garda le silence ; au terme de son pèlerinage, elle répandait en abondance les larmes de l'amour et de la reconnaissance. Peut-être se souvint-elle des paroles du Prophète : « Mais le Seigneur est dans son Temple saint ; que devant sa face toute la terre soit en silence. » [...]
La nuit était tombée lorsque les pèlerins entrèrent dans Jérusalem ; ils baisèrent avec respect la terre que foulaient leurs pieds, puis ils cherchèrent un gîte dans l'hôtellerie publique des pèlerins, qu'ils devaient occuper durant quatre mois. ![]()
![]() Brigitte et les siens pénétrèrent dans la basilique élevée sur le monticule de calcaire jurassique, où se trouve la grotte de la Nativité. Cette basilique, dite de Sainte-Marie, est une des plus anciennes de la Palestine ; elle a cinq nefs et est bâtie en forme de croix. Brigitte descendit les quinze marches qui mènent à la grotte et se trouva enfin au lieu même où le Verbe Éternel s'était fait chair. Le silence le plus profond régnait dans ce sanctuaire ; la douce lumière des lampes éclairait l'étoile d'argent qui se montrait au centre de la grotte et qui portait cette inscription : Hic de Virgine Maria Jesus Christus natus est : L'âme de Brigitte se remplit d'une joie inexprimable à cette pensée : c'est ici que Jésus-Christ est né de la Vierge Marie ; elle comprit la profondeur du mot de saint Jérôme : « C'est par le silence et non par d'impuissantes paroles que doit être honorée la grotte où le divin Enfant fit entendre sa voix. » |
Vie de sainte Brigitte de Suède