Dans les dernières années du XVIe siècle, Louis Balourdet, prêtre et chanoine à Reims, rédige un Guide des chemins pour le voyage de Hierusalem et autres villes et lieux de la Terre saincte : |
Avant que partir, qui fut le 29e jour de janvier 1588, nous demandâmes congé à Monseigneur le Cardinal de Guise, notre archevêque et bon Seigneur, lequel ayant entendu notre volonté et délibération, et s’étant informé des moyens que nous avions pour faire ledit voyage, nous le donna volontiers, avec sa bénédiction et un passeport.
Il faut remarquer qu’il y a excommunication pour ceux qui vont à Jérusalem sans la permission de notre Saint-Père : parce que plusieurs y sont allés lesquels n’ayant les moyens de payer les tributs au Turc, ont été arrêtés, contraints, n’en pouvant échapper, se faire renégats ou renier la religion chrétienne et se faire Turcs ou esclaves, au grand désavantage des chrétiens. Car ayant conversé avec nous et sachant nos façons de faire, ils exercent parfois plus d’inhumanités envers les chrétiens que les Turcs mêmes. De la salvation desquels, soit qu’ils aient renié le christianisme ou par crainte ou par force ou pour être à leur aise, je ne veux juger ni disputer. Toutefois, une chose sais-je être en l’Écriture, proférée de la propre bouche du Fils de Dieu, à savoir : Celui qui me confessera devant les hommes, je le confesserai devant Dieu mon Père.
Donc, pour obvier à ces inconvénients, notre Saint-Père a excommunié et excommunie ceux qui y vont sans sa permission. Il vaut mieux qu’ils demeurent en leur maison, assurés de leur salut, selon leur petit pouvoir, que d’aller là et être en danger de renier Jésus-Christ et se perdre. Mais on pourra objecter, ceux qui ont voué de faire ledit voyage, comment est-il possible qu’ils puissent aller au Saint-Père pour avoir sa permission quant ils n’ont pas les moyens ? À quoi je réponds qu’il y a des indulgences assez souvent en forme de jubilé, lesquelles mêmes donnent permission à tous prêtres approuvés de l’ordinaire d’en absoudre et commuer ledit voyage en autres œvres. Et davantage, Monsieur notre archevêque, comme légat né du Saint-Siège apostolique, bien informé des facultés de ceux qui voudront entreprendre ce voyage, a pouvoir d’en disposer et donner licence.
Quand nous fûmes arrivés à Jérusalem, nous fûmes saluer le Père gardien, commissaire apostolique et vicaire du pape, auquel nous exhibâmes notre permission : il ne fit difficulté de nous licencier, ce qu’il n’eut fait s’il n’eût reconnu Monseigneur pour légat du Saint-Siège, comme il est. Donc celui qui n’aura commodité d’aller par Rome, ou avoir un congé de Rome, pour le même fait, prendra permission de Monseigneur pour éviter ladite sentence.
Au partir de Reims, faut aller à Mareuil, et là passer par la rivière de Marne, et il y a cinq lieues ; puis il faut aller à Verrus, quatre lieues, de Verrus au bourg de Plancy, huit ; De Plancy aux Chapelles, deux, et des Chapelles à la ville de Troyes, six lieues. ![]()
L’église Saint-Jean de Lyon, comme plusieurs de nos quartiers, se ressent encore de la rage des hérétiques, car autant d’images qu’il y a autour de l’église, elles ont la tête tranchée, comme à Soissons, Meaux et autres lieux. Nous partîmes de cette ville le jour de la septuagésime et vînmes nous loger à la rouge maison, loin de Lyon deux lieues en Dauphiné.
Si on demande pourquoi on prit tel chemin pour aller en Marseille, voyant que par le Rhône, c’est le plus court, et si de Lyon à Marseille, on peut être en quatre jours, je réponds qu’il est vrai, mais lors ce n’était pas le plus sûr. Car les Huguenots (comme nous fûmes avertis par un gentilhomme qui y avait été attrapé et mis au blanc) tenaient si exactement les chemins, qu’impossible était d’éviter la prise, ni de nuit, ni de jour. Ce n’eut été sagement fait à nous de nous enfiler dans les lacs de nos ennemis, car étant reconnus pour être d’église, je crois qu’ils eussent accourci, voire terminé notre voyage. ![]()
Peut-être gagné par avance au détachement céleste, le chanoine Balourdet fournit une vision probablement assez enjolivée de la bonne tenue des gens de mer. On comparera avec la description plus prudente de l'auteur du Pèlerin véritable de la Terre sainte. |
![]() Afin que je poursuive la description de la hiérarchie navale, je ne sais si je dois la comparer à un empire ou royaume, à une république ou à un monastère. Que si je la compare à un empire ou royaume bien policé et gouverné, la comparaison sera bonne. Si je compare à une république commandée et gouvernée de bons consuls et magistrats, elle sera meilleure, si je la compare aussi à un monastère et à la vie monastique, elle sera très bonne. Car outre ce qu’en un monastère il y a justice et supériorité de l’obéissance et commandement comme en république, il y a encore d’abondance les vœux de pauvreté, obéissance et chasteté, lesquels semblent être en la hiérarchie marine, comme nous dirons ci-après, parlant des mariniers. ![]() Mais on pourra demander par quel moyen il peut connaître son chemin, étant en haute mer où on ne voit ni ciel, ni terre, ni soleil ni Lune ni aucune étoile. Or, pour ce faire et connaître, ils ont un cadran marin auquel il y a une aiguille d’acier frottée à la pierre de camomille, autrement dite d’aimant : laquelle aiguille, par la vertu de ladite pierre tourne ordinairement vers le Tremontane qui est une étoile dite Stella Maris, autrement dite le pôle arctique ou le nord qui est directement à septentrion, proche des étoiles qu’on appelle le char du côté du levant, et selon l’opposite du septentrion, ils connaissent le midi : ainsi consécutivement le levant et le ponant. Devant lequel cadran, il y a ordinairement de nuit une lampe ardente pour dresser le chemin. |
![]() Nous entrâmes donc en la ville de Jérusalem le lundi 13e jour de juin et avant que de procéder et passer outre la porte, il nous fallut attendre le pacha pour nous visiter et nos meubles, et aussi pour nous enrôler, afin de savoir nos noms, et le nombre que nous étions, pour payer les tributs. Pour l’entrée de la porte de la ville, il faut payer deux sequins d’or. Ensuite, nous fûmes conduits au couvent du Saint-Sauveur où nous fûmes reçus honnêtement et bénignement. |
Louis Balourdet - Guide des chemins pour le voyage de Hierusalem et autres villes et lieux de la Terre saincte
Texte complet disponible sur le site de la BNF : ![]()